HONcode et Wikio m’a tuer

Agitée, la touittosphère ce matin !

Au menu, deux petites bombes négligemment lâchées dans l’actualité. Enfin, un peu plus avec celles-ci.  La première, c’est le fameux nouveau classement Wikio, qui incorpore les tweets dans l’algorithme des rétroliens. La seconde, c’est un billet de Dominique Dupagne : « J’arrête la certification HON Code » , par lequel il retire la certification HON de Atoute et appelle à boycotter ce code.  Puisque j’ai déjà couplé ces deux sujets dans un précédent post, je ne me gêne pas pour le refaire  et tenter de vous résumer ce qui s’est dit et ce que j’en pense.

  • HON Code :

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Dans le billet qui mis le feu aux poudres, Dominique Dupagne annonce retirer de son blog la certification HON, principalement parce qu’il n’en trouve pas ou plus les critères pertinents. En sus, une rumeur de certification prochaine de Doctissimo, et la connaissance évidemment plus grande de Google que de HON qu’a le public pour lequel il est destiné.

HON : un label reconnu par la sphère santé mais critiqué lors de messes basses.

Je ne suis pas très étonnée par cette annonce, les critiques contre HON commençaient à courir sous le manteau, depuis elles sont dites plus franchement. Mais Dominique Dupagne nous fait ça un peu entre la poire et le fromage, une version entre « j’arrête de fumer » et « Travailleurs, mobilisez-vous ». D’un côté, c’est le type d’initiatives qui ne pouvait venir que de lui, de l’autre c’est étonnant de la part d’un pionnier du Web Santé. Est-ce vraiment une bombe ? Oui, car enfin ces reproches sont exprimés en public, et libère la parole de tous ceux qui n’en pensaient pas moins. Mais nous ne le saurons vraiment qu’en regardant les retombées qu’aura Dominique Dupagne (auxquelles je m’empresse de participer, ainsi que Denise). Quels seront les sites qui, d’une, oseront se retirer de la certification HON, et de deux, oseront arborrer ce magnifique logo de lutte contre HON que nous propose Dominique ? Pour ma part, le Blogule n’est pas (encore) certifié, mais je considère cette certification comme une obligation que je dois à la sphère santé, même si je sais qu’elle ne suffit pas à mesurer la pertinence des publications et mon niveau d’exigence.  (Oooops, je viens de griller mon obtention de la certification là ;-) !)

L’obligation d’éthique aux sites santé

Comme le touittait justement David (@Philapharm, du blog du même nom), il ne faut pas faire table rase du colossal travail qui a été effectué par la Fondation Health On the Net. Ce code n’est pas et ne doit pas être considéré comme un certificat de qualité, mais une assurance du respect de 8 principes, dont je priorise celui de la transparence. HON a ainsi permis d’obliger de nombreux sites santé, notamment ceux des laboratoires pharmaceutiques, à afficher clairement le commanditaire. Mais, trop peu nombreux sont ceux qui lisent les mentions légales, et il devient presque trop facile d’obtenir cette certification. En même temps, peut-on refuser aux sites créés par des labos d’être de qualité ? Ils le sont souvent bien plus que d’autres sites grand public. Et pour répondre à M. Dupagne, de toute façon, presque chaque action et communication des associations en santé est financée par les entreprises pharmaceutiques. Cet état de fait est tellement ancré dans les moeurs que quasiment, il n’y a plus besoin de le spécifier, surtout que les associations elles-mêmes ont des modalités d’association tellement précises qu’un laboratoire a du mal à en ressortir une plus-value, surtout sur la scène publique.

Dépasser la question pour ou contre HON pour s’intéresser à des améliorations

Cependant, il me semble que HON a été très vite dépassé par le développement de la santé sur le web. Déjà, par le nombre toujours grandissant de sites santé. Ensuite, par le 2.0. A priori, j’ai déterminé quatre grands enjeux, mais ai pu en oublier :

(1) la connaissance de HON. Tant que le grand public, auquel il est destiné à la base, sera incapable d’identifier ce code, toute initiative d’éradication sera caduque, mais surtout HON ne pourra pas développer son importance.

(2) la définition  du code de certification. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul et même code pour tout ce qui parle de santé. Et pourtant, peut-on classer sur le même plan un site et un blog, ou un forum (sisi, ça viendra, si Doctissimo s’y met… oui, là je soupire VRAIMENT). Et de façon plus générale, cela permet de préciser certains principes tout en envisageant la certification de nouveaux supports : applications mobiles, pages Facebook, serious games, mailings, fils Twitter,… Je fais d’ailleurs toujours beaucoup plus attention à la présence ou non d’une certification si je suis sur un site que sur un blog où elle m’importe moins. Des critères de différenciation, même entre les sites, pourraient être développés. Malheureusement, cela implique encore plus de travail (et donc davantage de financements nécessaires).

(3) le postulat de départ concernant la connaissance que le public a de la santé. L’intelligence collective semble légèrement biaisée en santé. L’outil Partage et Sélection de HON (d’ailleurs, ce ne serait pas plutôt Sélection et Partage ? Bref.) part du principe de l’intelligence collective, et c’est ce qu’expliquait Célia Boyer, présidente de la fondation, à la conférence Health 2.0. L’outil est ambitieux, donc enthousiasmant. Malheureusement, il semble soumis à quelques erreurs que Grange Blanche souligne ici et ici pour la suite.

(4) Les principes HON 2.0. Ils sont visibles ici, mais gagneraient à être réétudiés et précisés pour mieux correspondre aux enjeux du participatif et du social.

Alors, ce billet, une bombe ou une aiguille dans une botte de foin ?

Si l’initiative d’Atoute n’est reprise que sur des blogs, elle restera minime, même si c’est là « où l’on parle ». Pareillement, y’a-t-il uniquement des liens vers les 3 posts sur le sujet, où y-aura-t’il d’autres réactions ? Et même, la Fondation HON réagira-t-elle, alors que l’on connait la propension qu’ont les blogueurs à croîre qu’ils tiennent « le bad buzz de l’année ». Somme toute, il ne s’agit pour l’instant que du retrait de la certification HON de Atoute ; alors qu’il est très simple de mentionner d’autres plate-formes santé de qualité, mais non certifiées HON. Le blog de Supergélule en est un parmi d’autres. Si je travaillais à la comm’ de la Fondation, et dans ce cas de crise, je ne réagirais pas encore, mais observerais attentivement les réactions et leur évolution, une réponse toute prête à portée de clic « au-cas-où » (mais à 3 posts, là, je commence à m’inquiéter héhé). Et tant qu’HON n’aura pas répondu, le bruit peut s’éteindre très vite.

Et vous, comment réagissez vous à ces accusations du HONcode ?

  • Wikio :

Un second sujet qui a bien occupé les discussions. Depuis le classement de Wikio de mai (publié en exclusivité sur le Blogule), l’algorithme a été revu pour intégrer les tweets au même titre que des rétroliens. Résultat, en juin le classement est méconnaissable. Si certains blogueurs ne comprennent pas cette perte de place (ou juste l’éjection du classement), d’autres adresses ont fait un bond spectaculaire. D’où des commentaires très nombreux sur le thème « on s’en fiche du classement, mais quand même, je suis très concerné par mon changement de place »… Pour ma part, je trouve l’initiative intéressante, surtout avec l’assurance de l’arrivée dans l’algorithme des liens partagés sur Facebook (à quand les autres réseaux sociaux, Delicious, Buzz et Digg en tête ?). Et principalement, je commence à me réconcilier avec le classement, car je reconnais de plus en plus ma propre sélection (et vision) de la blogosphère santé.

  • Quel est le lien ?

Comme je ne voudrais pas jeter les mammouths avec l’eau du bain, (vous savez ces bébés mammouths géants qui se perdent facilement dans des environnements un peu soukiens…), je voudrais revenir sur le lien, outre temporel, entre ces deux discussions.

Deux choses. D’abord, ce sont tous deux des classements de site, même si les critères sont différents. Le premier impose des règles de contenu, le second ne se préoccupe que de l’influence de ladite adresse. Eh oui, même sur un canal (le web) sur lequel on souhaite la liberté et la fin des classements, l’être humain invente des moyens de classer, ou de faire des listes (et pas que le lundi), et recherche parmi eux l’excellence.

D’autre part, parce que je reviens, encore et toujours sur ce classement couplé HON/Wikio de Jean-François Giermens. J’avais dit l’initiative intéressante, et aimerait compléter avec l’intelligence de son post scriptum : les blogs qui ne sont pas certifiés mais que je lis quand même.

S’il y a réaction, cette histoire pourrait enfin donner un nouveau rebond à HON, mais également apprendre à ses acteurs à plus nuancer leurs propos : répondre aux critères HON est pertinent, mais ne se suffit pas à lui-même, tout comme il ne détermine pas seul la qualité d’un site. Peut-être aussi que l’on a trop attendu du HONcode face à une tâche colossale de tri d’informations santé sur le web, alors que ce n’était pas sa tâche de guider un internaute vers une information de qualité, mais plutôt d’assurer un certain respect sur les sites. Pour la première tâche, je vous renvoie vers Webicina, ou vers des annuaires de sites en ligne. Qu’en pensez-vous ? Comptez-vous garder votre certification, ou faire savoir votre refus de ce code ?

10 Commentaires

Classé dans Web Santé

10 réponses à “HONcode et Wikio m’a tuer

  1. kyste

    Je me marre, je n’ai jamais mis le label rouge du poulet certifié élevé en plein air sur mon blog. On me reproche aussi régulièrement mon anonymat qui est plus que relatif. Je suis content de voir que ce leader d’opinion qu’est Dupagne met les pieds dans le plat et dise que pour évaluer la qualité il faut gouter le plat et garder son esprit critique sans avoir d’attitude moutonnière.

    • Pas faux. D’ailleurs, c’est marrant comme depuis ce billet de D Dupagne, plus de gens expriment un avis négatif sur HON alors que c’était le contraire précédemment…

  2. D’un côté le label HON a le mérite d’exister mais d’un autre quand on voit que Doctissimo a obtenu sa certification, on peut légitimement se poser des questions.

  3. C’est un sujet majeur, surtout si Doctissimo/Lagardère devient la porte d’entrée du web santé pour l’internaute francais moyen.

    cf le projet « NHS like » de Roselyne avec Doctissimo !!! http://bit.ly/DoctissimoBachelot

    Donc nous serions en face d’une collusion HAS / Lagardère (les médias et le pouvoir toujours…) et d’HON code qui serait pris en otage …

    Une vraie vision d’horreur médicale, n’est il pas ?
    La question reste à poser à Celia B. qui nous doit maintenant une réponse…

  4. Update : nouveaux liens sur le sujet
    (en plus de ceux déjà indiqués dans le billet + cités dans les commentaires) :
    – Hospimedia : http://bit.ly/ag1ANW
    – Silbers’ blog (2) : http://bit.ly/cKQPr6
    – le Blog de Phe : http://bit.ly/a7tMDw
    – Asclepieia (1) : http://bit.ly/bz9GQ8
    – Asclepieia (2) : http://bit.ly/csTUuP
    – Le Point (Anne Jeanblanc) : http://bit.ly/bIZLwX

    Communiqué de la HAS (2007) : pourquoi HON pour accréditer les sites santé français : http://bit.ly/dcGqIm

  5. Bravo pour cet exercice de synthèse. Je te rejoins sur le premier des 4 enjeux que tu soulignes.
    J’avoue n’avoir jamais compris le manque de communication envers le grand public autour du label HON. Je pense qu’on a raté une étape sur ce point, et c’est bien dommage car la démarche globale (mais si elle est perfectible) est louable sur le fond.

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