Archives de Tag: Patient

« Parlez en avec votre médecin » : Les Antibiotiques (2)

Je vous parlais dans le post précédent de la campagne Antibiotiques de l’Assurance Maladie. Dans son dispositif presse (insertion publicitaire), une phrase m’a particulièrement interpelée. On lit en effet, à la fin de leur résumé : « Ecoutez votre médecin ».

On connait tous la phrase « Parlez en à votre médecin« , expression usuelle de clôture d’une communication ou publicité sur le médicament et la santé. Un peu comme « Mangez 5 fruits et légumes par jour ». D’ailleurs, je me demande si elle a été rendue obligatoire par légifération, auquel cas dans quel cadre… à creuser. De façon tout à fait intéressante, cette phrase dont nous avons tous fait l’expérience invite à la fois à contourner les risques encourus par l’automédication et surtout à entamer un dialogue avec son médecin. Cela constitue une première évolution face à une profession et à un rôle auparavant considérés comme autoritaires et paternalistes. Et ce rôle incarné était emphasé par la peur qu’a le patient d’un vocabulaire scientifique qu’il ne partage pas, d’où une sortie de consultation souvent dominée par l’incompréhension. Bref.

Ce rôle de dialogue a encore été mis en exergue  quand ladite phrase a naturellement évoluée en « parlez-en AVEC votre médecin« . D’un coup, on envisage dans sa relation avec son médecin un peu plus d’interactivité. Le médecin est aussi appelé à écouter son patient (normal), voire peut être de l’engager à parler (ça se corse). C’est le 2.0 de la consultation IRL (in real life).

Mais avec « Ecoutez votre médecin« , ma veine santé 2.0 a tressailli. Au moins. Était-ce un retour en arrière, un refus du dialogue, la remise en cause du e-patient ? Pourtant, après discussions, cette phrase responsabilise encore plus (mais au sens positif) le médecin, et va accompagner celui qui ne fait pas confiance au net et surtout pas au patient qui s’est informé sur internet. Ce médecin ne donne aucun crédit « à l’Internet » et est souvent, rappelons-le, souvent contredit, parfois à tort, par un patient sans nuances et mal informé. Passons sur la pédagogie manquante de cette histoire de confiance envers le net, cette phrase se situe comme un rappel à la vigilance de tous les acteurs entre eux. Et finalement pourrait peut-être, en redonnant au médecin la position qu’il recherche, poser les conditions d’écoute de chaque acteur pour un dialogue plus diplomatique…

De Parlez à Ecoutez, un recul ou une juste réorganisation des rôles ? Quel est votre avis ?

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Déclaration de conflit d’intérêts : Le commanditaire de cette campagne est mon employeur, mais vous invite à relire mon à-propos qui le désengage de mes écrits. De plus, je n’ai pas travaillé en amont de cette campagne.

Lire la suite, Armageddon en campagne : Les Antibiotiques (1)

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Classé dans Communication & RP, Jurimédication

19 mai : Journée mondiale des hépatites

Il était un foie, un joli petit minois très propre sur lui, soignant son image. Si son visage était abîmé, il le verrait, et le soignerait. Or, ce n’est pas toujours le cas quand le mal est invisible et ronge le foie. C’est l’histoire que nous raconte cette image.

Parmi les x journées mondiales de quelque chose, le 19 mai est la journée mondiale des hépatites : l’occasion de sensibiliser à ces pathologies. Une personne sur deux atteinte d’hépatite virale B ou C l’ignore, sur 300 000 patients estimés (soit 150 000 personnes à informer).

Il y aurait beaucoup à dire sur cette maladie silencieuse, mais je vous propose un focus sur la campagne d’affichage de la journée. L’opération est conduite par SOS Hépatites avec BMS (pour l’hépatite B) et Roche (pour l’hépatite C)  pour inviter au dépistage de l’hépatite. Parler de dépistage permet de ne pas communiquer (mais marketer) sur les traitements. Deux beaux exemples de disease awareness campaign sur les hépatites pour chacun des deux laboratoires, qui, pour gagner du soutien, s’allient à une association de patient.

Le visuel veut clairement choquer, pour interpeler et faire réagir. Ce qui m’intéresse le plus, dans cette affiche, c’est le « dépistez-vous« . Pas d’invitation, ou de « faites-vous dépister », non. Le message court va directement au but en invitant son public à être acteur de sa santé et de sa prévention. D’ailleurs, ça va dans la tendance non ? A noter : à l’occasion de cette journée, le lancement d’une campagne de grande envergure proposant des rendez-vous de dépistage près de chez soi, particulièrement dans les foyers d’infection plus importants.

Pour plus d’information et pour accéder à la liste complète des centres de dépistage anonyme et gratuit et des rendez-vous de dépistage évènementiels : www.soshepatites.org et www.hepbinfo.fr

Dépistez-vous - Journée mondiale des Hépatites 2010Agence de communication de Bristol Myers Squibb : Fleishman Hillard

Agence de relations presse et web de la journée du 19 mai 2010 : Presse & Papiers

Un souvenir des visuels de la journée 2009 avec SOS Hépatites et BMS, sur un ton tout à fait différent :

Pour leur première nuit, elle lui a offert l'Hépatite B Pour sa naissance, sa mère lui a offert l'Hépatite B

Pour leur première nuit, il lui a offert l'Hépatite B

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Classé dans Communication & RP

[Brève] La relation Laboratoires / Patients : un revival ?

Courtes réflexions, issue de conversations Twitter de la veille et de questions sur le modèle économique des laboratoires.

La vidéo est vieille (2007), à l’origine d’un très joli buzz par Microsoft. Elle a largement tourné dans le milieu de la communication même si on la trouve aujourd’hui un peu obsolète.

Dans ce script, c’est la grande scène de rupture du couple formé par le publicitaire et la consommatrice. « Tu ne m’écoutes plus ! » lance-elle (elle, évidemment. Tiens, si tous les couples rompaient pour ça !) avant de sortir du restaurant. Où est le lien avec la santé me direz-vous ?

Relancez la vidéo. Mais remplacez le publicitaire par « laboratoire » et la consommatrice par « patiente ». Bien sûr, avec quelques ajustements. La comparaison entre monde de la consommation et santé, crime suprême ? Peut-être… Mais paradoxalement, la vidéo ne paraît plus si obsolète, à l’époque des médias sociaux, à l’heure où Sanofi Aventis et Nestlé font face en même temps à une crise très similaire…

Je ne dis pas que les laboratoires et les annonceurs font la même cuisine. Mais cette « rupture » commune prête à réfléchir, non ? Reste à comparer les modèles évolutifs, adoptés comme solution pour chacun des secteurs.

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Classé dans Brèves, Publicité médicale

De Sganarelle à Argan : Le médecin représenté par Molière

La représentation du médecin sur les planches n’est pas nouvelle. Celle de Molière, le Grand, le Maître (comme l’appelle cette troupe passionante et passionnée), a touché, fait rire ou pleurer plus d’un spectateur à travers les siècles.

Loin de moi l’idée de vous faire une dissertation littéraire dans les règles, j’ai perdu la main. Mais voici quelques notes en vrac, à l’exemple de deux pièces du Maître… Pour vous laisser vous réfléchir aux évolutions de l’image d’Epinal du médecin, mais surtout pour rire et se régaler un peu de ces mots !

Représentation

Médecin et apothicaire

C’est un couple infernal, celui des scientifiques qui se partagent les clients et les douleurs. Il va sans dire que la comédie fait aussi peu de cas de l’un que de l’autre…

Le médecin malgré lui, I,5

SGANARELLE : Ils recommencent de le battre. Ah! Ah! Eh bien, Messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. J’aime mieux consentir à tout que de me faire assommer.

Le Malade imaginaire, III,14

ARGAN : Qu’il se fasse médecin, je consens au mariage. (A Cléante.) Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.

CLEANTE : Très volontiers, monsieur. S’il ne tient qu’à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire même si vous voulez.

D’ailleurs, en rédigeant ce post je suis tombée sur la même initiative par l’ordre des pharmaciens, mais version « Apothicaire » : Le pharmacien de Molière … (avis aux amateurs, l’analyse est bien mieux faite que la mienne !)

Jargon médical et incompréhension

Le médecin de Molière use (de trop ?) un vocabulaire scientifique latin, ne se met pas à la portée de son patient, ou, dans ce cas scénique, de son public. Que ce soit du nom des remèdes, de théories trop galvaudées et évidemment signées de « grands noms », ou de l’usage déraisonné du latin, on sent dans les reproches de Molière un manque de confiance lié au fait qu’il lui est impossible de vérifier les dires et les actes du médecin.

Le médecin malgré lui, II,2

SGANARELLE : Lucinde! Ah! beau nom à médicamenter! Lucinde. (ça vaudrait presque Alli ou d’autres molécules imprononçables ! à moins qu’il n’y ait allusion à une plante…)

Le médecin malgré lui, II,4
SGANARELLE  : se tenant avec étonnement.Vous n’entendez point le latin ! (…) en faisant diverses plaisantes postures. Cabricias arci thuram, catalamus, singularitar, nominativo baec Musa, « la Muse », bonus, bona, bonum, Deuz sanctus, estne oratio latinas? Etiam, « oui », Quare, « pourquoi »? Quia substantivo et adjectivum concordat in generi, numerum, et casus.

SGANARELLE  : Aristote, là-dessus, dit… de fort belles choses. (certes !)

Bon vivant

Aucun des personnages médecins du dramaturge n’est suivi dans sa vie en dehors du service santé rendu. Au contraire, le médecin est attiré par l’appât du gain et prescrit des remèdes bien peu drôles. Ici, c’est la représentation du médecin idéal de Molière qui m’intéresse : celui qu’il a dessiné, qui dans ses pièces interprète le rôle du médecin. Il aime la bonne chère, la chair (quelques scènes de drague dans Le médecin malgré lui avec le personnage de la nourrice) et aime à rire. Heureusement, le public de Molière (& nous) aussi ! Étonnamment, cette image est aujourd’hui une réalité bien ancrée…

Le Médecin malgré lui, II, 4
SGANARELLE : Lorsque le médecin fait rire le malade, c’est le meilleur signe du monde.

Le Malade imaginaire, III.10

TOINETTE, en médecin : Ignorantus, ignoranta, Ignorantum. Il faut boire votre vin pur, et, pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut manger de bon gros boeuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande; du gruau et du riz, et des marrons et des oublies, pour coller et conglutiner.

Le médecin, un notable

Médecin, plus qu’une profession, une science ou une faculté, c’est un statut. Et cela se sait dans la fierté des médecins et la déférence qu’on leur prête, alors que lui, Molière, est traité de farceur, même malgré la considération royale. Oui, mais sur scène, lui aussi devient médecin. La version médicale de l’habit ne fait pas le moine

Le malade imaginaire, III, 14

BERALDE : Oui. L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.

TOINETTE : Tenez, monsieur, quand il n’y aurait que votre barbe, c’est déjà beaucoup; et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.

Mais une représentation ambiguë…

Molière en habits de SganarelleLe professionnel de santé chez Molière prête à rire, par opposition au bon sens souvent représenté par la servante (Toinette). Mais le comique qui en est dégagé cache un certain cynisme. Je me souviens d’une mise en scène du Malade imaginaire par la Comédie Française qui avait appuyé sur le côté pathétique de la représentation du Médecin. Les Diafoirus n’en étaient plus si drôles. Et cette vision n’est pas sans résonance avec la biographie de l’auteur : décès de sa mère à 10 ans, certainement saignée et re-saignée par ses médecins, perte de deux enfants, et bien sûr une incurable angine de poitrine dont le fameux malaise ne l’empêchera pas, ô dévotion à la scène !, de terminer sa pièce avant d’être transporté chez lui… Lui même vécut sa dernière tragédie en pleine représentation d’une comédie, sans que le public ne se doute de cette triste ubiquité. De fait, Molière pourrait être l’ancêtre du e-patient engagé, racontant sa maladie non pas sur un blog, mais dans ses pièces ! ;-)

Des points de comparaison ?

Evidemment, je ne cherche pas à comparer le médecin et sa science du 17e siècle à celui du 21e, mais j’observe uniquement leurs images. D’un langage obscur et que l’on trouve difficilement accessible au patient, assurément, le médecin l’est encore – ou du moins, on le critique toujours sur ce point. Je ne pense pas que l’on puisse déduire aujourd’hui de cette image celle de leurs relations avec les pharmaciens contemporains, bien trop encombrées par la législation ou les institutions.

Mais aujourd’hui, le médecin a aussi changé. Nous avons parlé de e-patient, parlons de e-médecin. Avec les évolutions numériques, le e-médecin tend (tendra ?) à devenir plus proche, ses propos scientifiques plus compréhensibles ou plus éclairés. Une vulgarisation du langage se développe et le statut de « notable » s’estompe progressivement…

Remarquez, dans les acteurs de la santé, les patients en prennent aussi pour leur grade avec Argan !

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Classé dans Maux qui parlent et mots qui soignent