Critique cinématographique

J’ai arrêté de faire croire que je n’allais voir au cinéma que des films intellectuels, genre scène française, drame psychologique, crise de la cinquantaine – quarantaine – trentaine (rayer la mention inutile), toussa… Mais ce qui est bien avec le dernier film de gonzesses que je suis allée voir, c’est qu’il est tellement orienté santé, que je pourrais prétendre y être allée pour des raisons purement professionnelles. Mais non, j’assume (!), et tant pis si ce billet vous donne l’impression d’un blog de nanas (!), ce film m’a donné l’envie de partager quelques réflexions sur les thèmes abordés.

Love et autres drogues

Pour ceux et celles (surtout ceux) qui ne se sont pas trop renseignés sur le film, il s’agit du conte de fées moderne d’un fils de médecin, devenu visiteur médical (dans une compagnie mondialement connue, au nom débutant par un P). Chargé de vendre un quota d’antidépresseurs d’abord, puis de lancer le marché du stimulant sexuel, il rencontre puis s’éprend d’une jeune femme atteinte de la maladie de Parkinson. Bref, il était une fois… dans le monde de la santé.

Le rôle du visiteur médical déconsidère grandement le médicament. J’avoue avoir d’abord été positivement surprise de constater que, extraordinairement, le héros n’est pas une star du marketing ou de la publicité, mais… de la vente pharmaceutique ! Au second abord en revanche, pendant 90 minutes, le visiteur médical n’est ni plus, ni moins qu’un commercial dont la seule spécificité est le nombre de mots barbares (ou : scientifiques, cela dépend du point de vue…) dans son argumentaires de vente. Je n’aimerais pas faire le ménage dans les hôpitaux, leurs dents ont dû laisser de sacrées rayures sur le parquet ! Dès lors, aucune considération pour le produit : l’argumentaire médical et les dernières études scientifiques ont bien moins d’importance qu’un carnet d’adresses « sexy » ou que la capacité à enchaîner les Bitburger ; et les médicaments du concurrents finissent purement et simplement dans la poubelle de l’hôpital, alimentant la dépendance du SDF du quartier (est-ce grâce au Prozac qu’il finit par débaucher un entretien d’embauche ? il faudra m’expliquer ce point…). Quel exemple ! J’étais très étonnée de voir citer médicaments et firmes pharmaceutiques sans un seul avertissement initial (mais peut-être ai-je loupé les premières minutes ;-). Au contraire, on revit l’euphorie disproportionée née au lancement du Viagra. Enfin, cherry on the cake, le requin devenutoutgentilgrâceàl’amourdelabellebrunequil’atransformé abandonne son métier pour reprendre des études de… médecin. Drôle de valse entre différents profils !

Pfizer (pour ne pas le nommer) est largement médiatisé dans ce film, malgré un démenti officiel. Dès le début du film, le héros ambitieux suit un stage de visiteur médical. Dans cet épisode, il est impensable de ne pas « remarquer » les énormes logos de la multinationale, ni de ne pas noter les frais engagés pour le séminaire de bienvenue. Pfizer dément toute implication dans la production du film (cf le communiqué de presse déniché par Robin), mais il doit bien avoir prêté ses salles de conférences non ? Sauf qu’aujourd’hui, je n’arrive pas à déterminer si les retombées de ce film sont pour Pfizer essentiellement positives (placement de marque et de produits) ou négatives, vue la présentation inhumaine et rapiat du métier. C’est pourtant un point qui n’est pas abordé dans le communiqué, le service presse ayant préféré insister sur la recherche de traitement contre Parkinson. Compassion, quand tu nous tiens…

Le patient, un rôle peu fourni, face au milieu pharmaceutique. Anne Hattaway joue dans ce film le rôle prometteur de patiente chronique. Dommage qu’on l’ait beaucoup limité à un rôle de compassion et d’apitoiement (ou de refus d’apitoiement, quoiqu’il en soit cela reste un rôle égocentré), et que l’on n’ait pas appuyé cette divergence patient vs personnel pharmaceutique. Quels intérêts les opposent ? quelles différences ? pour l’un un métier, pour l’autre une souffrance au coeur de l’intime ?… Une courte séquence sort tout le rôle du patient de son propre apitoiement, et développe le (besoin de) partage avec d’autres personnes atteintes de la même maladie au cours d’une réunion de patients, moment privilégié d’humanité et occasion de présenter les implications de la maladie de Parkinson dans le quotidien.

Ce sont plusieurs points sur lesquels j’aimerais beaucoup avoir l’avis de personnes hors milieu médical… En sus, j’aurais pu développer la différence de système de santé entre les Etats-Unis et nous : la question de la couverture sociale, l' »excursion » régulière au Canada, la législation publicitaire… mais ne considère pas mes connaissances suffisantes sur ce point, aussi je vous laisse l’évoquer dans les commentaires, avec vos avis sur le film ! Car à part ces considérations « techniques », c’est un film que je recommande vivement dans sa catégorie !

4 Commentaires

Classé dans Blogulations

4 réponses à “Critique cinématographique

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  2. kimaroc

    Moi perso, j’adore ce genre de film, surtout ceux réalisés par Mr. Woody

  3. Maxime Hurtrel

    Effectivement , j’ai moi aussi passé un bon moment devant ce film, mignon tout plein ;)

    Un petit point supplémentaire que tu n’as pas abordé toutefois : la traduction catastrophique du titre en français !

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